Le dispositif développé par la Mutuelle la Mayotte comprenait deux instituts thérapeutiques éducatifs et pédagogiques (ITEP), d’un service d’éducation spéciale et de soin à domicile (SESSAD) et d’un hôpital de jour. Un ITEP pour les enfants de six à treize ans, un autre pour une tranche d’âge de douze à dix-huit ans.

Mon action avait pour cadre l’ITEP 6/13 ans de la Mutuelle La Mayotte.

            À l’origine, Fernand Cortez, enseignant militant de la mouvance laïque, et l’équipe du Château de La Coudraie (en Touraine) accueillent après la seconde guerre mondiale, des enfants qui ne s’accommodent pas de l’école traditionnelle alors qu’ils ont apparemment « tout pour réussir ». En janvier 1948, l’équipe est transférée sur le vaste site de La Mayotte à Montlignon qui occupe une superficie de plus treize hectares. Fernand Cortez assume la fonction de directeur et convainc René Laborie et la Mutuelle Nationale de la Presse du Livre et de la Communication (MNPLC) de prendre la responsabilité de l’établissement en tant qu’administrateur privé.

 

Ils fondent en 1949 le centre La Mayotte. En ce qui concerne le financement, la Sécurité Sociale, elle aussi créée après la guerre, accepte de prendre en charge l’institution à condition que l’établissement soit plus médicalisé. Fernand Cortez va solliciter le Dr. Zazzo et son équipe de l’hôpital Henri Rousselle, qui travaillent déjà avec des enfants « inadaptés », pour prendre la responsabilité médico-psychologique de l’institution. Enfin l’Education Nationale accepte la responsabilité pédagogique et détache des enseignants au sein de l’établissement.

 

Ce nouage entre les champs thérapeutique, éducatif et pédagogique préfigure bien ce qu’est le dispositif actuel d’un I.T.E.P. En 2003, suite à des directives européennes, la MNPLC crée la Mutuelle La Mayotte (MLM) afin de perpétuer sa volonté de participer aux missions d’intérêts généraux dans le secteur social, médico-social et sanitaire.

 

L’I.T.E.P. 6/13 ans de la Mutuelle la Mayotte fait partie du domaine des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS). Il accueille 62 enfants âgés de 6 à 13 ans en internat de semaine (du lundi au vendredi) ou en externat. Les enfants sont répartis en trois groupes, en fonction de leur âge, de leurs possibilités, de leur dynamique et de leur problématique.

 

Ces institutions étaient dénommées sous l’appellation d’Institut de Rééducation (IR). Sur le plan administratif, le Décret du 9 mars 1956 régit les conditions d’autorisation et d’agrément des établissements privés, recevant des enfants ou des adolescents, financés par la Sécurité Sociale. À ce décret viennent s’ajouter les annexes XXIV relatives à l’éducation spéciale.

 

Depuis la parution de ce décret et de ses annexes XXIV, de nombreuses évolutions ont marqué le secteur de l’enfance handicapée et inadaptée : les nombreuses modifications des pratiques médico-sociales, la façon d’envisager le handicap et l’inadaptation. Ainsi, une refonte de ces textes s’achève avec la mise en place des nouvelles annexes XXIV par le décret du 27 octobre 1989. La famille doit être informée, associée, soutenue et les liens doivent être maintenus et favorisés. Mais il est encore question d’Institut de Rééducation (IR).

 

La loi2002-2 du 2 janvier 2002 rénove l’action sociale et médico-sociale qui datait de la loi du 30 juin 1975. Elle impose désormais aux établissements et services sociaux et médico-sociaux que la personne accueillie soit désormais au centre du dispositif.

La loi engage les établissements au respect de la dignité des usagers, de leur intégrité, de leur santé, de leur vie privée, à un accompagnement et une prise en charge de qualité, favorisant le développement, l’autonomie et l’insertion, en fonction des capacités, besoins et âge de la personne accueillie, avec son consentement (ou celui de son représentant légal, à défaut).

            Mais aussi la loi oblige à la confidentialité des informations concernant la personne accueillie, à l’accès au dossier ou à toutes informations écrites la concernant et à la participation directe de la personne dans son projet. Enfin, elle pose très clairement le principe de l’évaluation permanente des prestations et des services rendus, et de la dynamique d’évolution continue de ceux-ci.

 

                        Les missions du projet d’établissement correspondent exactement aux missions de l’ITEP telles qu’elles sont définies dans les textes réglementaires. Notons que l'Association Nationale des ITEP, l’AIRe a participé activement à l’élaboration du décret n° 2005-11 du 6 janvier 2005. Les difficultés des personnes accueillies nécessitent de prendre en compte l’ensemble des interactions avec l’environnement familial, scolaire et social, et requièrent des réponses au cas par cas, ponctuelles ou prolongées, pouvant mobiliser des dispositifs de champs variés : éducatif, pédagogique, sanitaire, médico-social, social et parfois judiciaire.

            Il s’agit d’accompagner le développement des enfants et adolescents par une intervention interdisciplinaire et pluri-professionnelle à visée soignante, permettant l’accès à un travail d’élaboration psychique conduisant à l’inscription sociale des jeunes. L’institution réalise ces actions en associant les familles, par l’élaboration d’un projet personnalisé d’accompagnement, adapté à la situation et à l’évolution de chaque personne accueillie.

 

La référence au texte de loi est explicite dans le projet d’établissement (l’article D. 312-59-2 du décret n° 2005-11 du 6 janvier 2005est quasiment cité) : l’accompagnement interdisciplinaire, la nécessité de dispenser des soins et des rééducations, de favoriser le maintien du lien avec le milieu familial et social, de promouvoir l’intégration, d’assurer un suivi ultérieur et de participer en partenariat à des actions de prévention, de repérage et de recherches de solutions adaptées pour les personnes accueillies.

 

Le projet d’établissement a pour objectifs de permettre à chaque enfant ou adolescent d’élaborer sa souffrance psychique, de manière à reprendre confiance en soi, développer des échanges positifs, tempérer ses attentes et moduler ses sentiments pour vivre des relations qui le reconnaissent dans sa personnalité, sa singularité.

Dans l’héritage de ce que F. Tosquelles [1]et J. Oury[2] ont définit comme la psychothérapie institutionnelle, chaque adulte à l’ITEP peut être amené à intervenir auprès des enfants et des adolescents accueillis. C’est l’ensemble du dispositif qui est thérapeutique à proprement parler.

Ce sont des moyens préalables à l’intégration des règles sociales comme des nécessités non seulement qui s’imposent mais aussi qui protègent, permettent de penser librement, d’exercer son jugement et de faire des choix bénéfiques, responsables. Car il s’agit bien d’amener chaque jeune à établir avec le monde des adultes un rapport apaisé, dans la perspective d’y participer bientôt avec leurs qualités et leurs compétences.

Pour cela il faut développer un esprit critique et créatif, un regard indépendant sur le monde, faire acquérir les connaissances et compétences nécessaires à une intégration sociale, professionnelle et une participation à la citoyenneté.

Enfin, le dispositif d’accompagnement doit faire émerger le sujet en l’amenant à prendre conscience de ses possibilités, de ses ressources mais aussi de ses difficultés, de ses limites; c’est à dire en suscitant chez chaque jeune le désir d’en savoir un peu plus sur ce qui l’anime, l’intéresse, lui pose problème, interfère dans sa relation aux autres. Ce travail d’élaboration accompagné doit amener l’enfant ou le jeune à rechercher, expérimenter des façons singulières de s’accommoder de ses capacités et de ses difficultés.

 

Les enfants et les adolescents sont accompagnés par une équipe pluri-professionnelle. Elle est définie par le décret n° 2005-11 du 6 janvier 2005. L’équipe de l’ITEP 6/13 ans se compose d’une équipe thérapeutique composée d’un pédopsychiatre, de trois psychologues cliniciens, de deux psychomotriciennes, d’un médecin généraliste et de deux infirmières. Un poste d’orthophoniste était à pourvoir.

L’équipe éducative est composée d’éducatrices spécialisées, d’éducateur sportif, de moniteur-éducateurs, d’animateurs socio-éducatifs, et de candidats élèves éducateurs.

L’équipe pédagogique est constituée d’enseignants spécialisés détachés par l’Education Nationale. L’équipe éducative et pédagogique est sous la responsabilité d’une chef de service, d’un directeur adjoint de l’ITEP et du directeur général de la Mutuelle La Mayotte.

L’institution employait aussi une assistante sociale, un psychologue institutionnel, des maîtresses de maisons, une lingère, des chauffeurs, des personnels d’entretien et de service technique, de personnels de cuisine, des secrétaires, un service de comptabilité, un directeur financier, un directeur des personnels de service et d’entretiens, une directrice des ressources humaines, une qualiticienne. Au total, près de cent vingt employés travaillaient au sein de la structure.



1 TosquellesS F. Que faut-il entendre par psychothérapie institutionnelle ? L’Information Psychiatrique. Vol. 45. n°4. 1969

2 Oury J. Psychiatrie et psychothérapie institutionnelle. Payot. Paris. 1976