4.3.1 - Principes d’action et objectifs

 

            Les premiers temps de ma carrière d'éducateur spécialisé m'ont rapidement amené à sentir le besoin, la nécessité de pouvoir me référer à un cadre qui me permettrait de donner une direction, de me forger une réflexion de fond sur le sens de mes actions auprès du public de l'ITEP.

 

            Je me suis donc penché sur les codes qui structurent ce métier alors nouveau pour moi et j'ai pu trouver ce que je connaissais mais n'avais encore pas formalisé pour moi-même. J'ai pu trouver auprès d'un cours de Francis Dewez [1]les principes fondateurs d'éthique et de déontologie (même s'il apparait qu'aucune n'est vraiment édictée) qui régissent tels le respect de la personne humaine, l'obligation de moyens, la probité. Autant de principes déontologiques relayés par d'autres, d'ordre éthique qui reconnaissent une égale dignité de tout homme, comme : la non- discrimination, l'esprit de fraternité, le droit à la sécurité physique et morale, le respect de la vie privée ( et à la question délicate du secret professionnel/ secret partage), la liberté de penser, de religion et d'opinion...en somme les valeurs inscrites dans la déclaration universelle des droits de l'homme, des droits de l'enfant ou dans la convention européenne des droits de l'homme.

C'est ainsi que j'ai pu constater, tout au long de mon expérience, que le cadre déontologique me permettait non seulement cette réflexion sur l'action, mais également de la faire concorder avec mes exigences éthiques, de m'aider à me positionner par rapport à l'institution, avoir un regard critique (le plus juste et objectif que possible) sur ses objectifs et ses modes d'action.

 

            Je me suis vu par exemple, sur ordre du directeur, aller chercher un usager de seize ans (qui n'était pas de mon groupe) en bas de chez lui avec un véhicule de l'école en sachant qu'il était en rupture de prise en charge au sein de l'établissement de par sa violente opposition, qu'il allait certainement, comme chaque jour depuis un long moment errer au sein du vaste parc, puis rentrer chez lui, d'où il ne voulait pas bouger. M'interrogeant auprès du directeur sur le sens de ce rapatriement forcé, il m'explique que le prix de journée ne serait pas alloué à la structure s'il n'était pas là pour le repas et le reste de la journée. Il s'agit là d'un réel cas de conscience, pris que j'étais entre l'obéissance à un ordre direct de mon supérieur hiérarchique, le devoir de continuité dans la prise en charge dont cet adolescent avait visiblement besoin et le respect de sa personne, de son autonomie, le principe de ne pas imposer des services de soin ou d'accompagnement à une personne qui les refuse ( même momentanément). Que faire sur l'instant? Qu'elle décision? Je suis allé chercher ce jeune chez lui, sonnât à sa porte pour que sa famille d'accueil nous le confie malgré ses protestations. Bien entendu, un travail en équipe était à accomplir auprès de lui pour tenter de l'amener à reconsidérer sa position et à réintégrer une prise en charge, qui serait sans nul doute à reconsidérer avec lui pour qu'il y adhère. Toujours est-il que, sur le moment, j'ai décidé de donner priorité à la poursuite de la prise en charge (en tout cas de sa présence dans l'établissement) préférant donner une chance au jeune de se réapproprier le dispositif global de la structure. J'ai également considéré le manque d'informations concernant ce jeune au regard de celles détenues par le directeur.          Enfin, bien entendu, j'ai décidé d'exécuter cet ordre compte tenu des bénéfices possibles dont l'usager pouvait tirer de la situation malgré un certain nombre de manquement à la ligne de conduite que je m'étais fixé.

 

Cette ligne de conduite permet d'incessants allers-retours avec le quotidien, elle questionne autant qu'elle pointe les objectifs, confrontés à la réalité renouvelée de la pratique éducative en internat. Que faire, que choisir entre le droit à l'intimité, et le droit à la santé, à l'hygiène ? Au moment des douches, travaillant avec des enfants assez jeunes qui, pour certains, ne savaient pas se laver, j'ai eu bien des fois l'occasion de me demander jusqu'où aller dans l'apprentissage de l'hygiène. Il s'agit bien là d'un haut degré symbolique que revêt l'action de faire la toilette d'un enfant (de toiletter comme le ferait la mère) et de ce que cela implique dans la relation entre lui et moi, mais au delà de ces considérations, il est nécessaire d'être au claire de façon pratique sur ce que l'on est en train d'accomplir. Entre la position du " c'est ton corps, moi je ne veux pas voir, ça me regarde pas" et celle qui chercherait à vérifier" l'efficacité des techniques d'hygiène " il existe des degrés des positionnements possibles, à adopter au coup par coup. Je n'ai pas de réponse franche et nette à offrir au lecteur, ce que je sais c'est que la façon la plus fiable et solide de m'approcher de l'objectif fixé avec tel ou tel enfant est de me référer systématiquement et le plus honnêtement possible, à mon éthique personnelle, aux pratiques que préconisent la déontologie de mon métier.

            La technique que j'employais avec Florentin (couvert d'urine après des nuits passées enroulé dans ses couvertures souillées) était de rester seul avec lui, porte de la douche ouverte et de mimer avec un baigneur en plastique comment et où se laver. Il était d'accord pour cette méthode, elle ne dura que le temps qu'il apprenne à se laver. Avec le temps, il intégra cette routine de la douche et pu se passer de moi.



[1] Dewez, Francis. Déontologie et connaissance de la profession. Cours à l'Institut Pierre l'Allemand, Ixelles, Belgique. www.deontologie-aide-jeunesse.be .