4.3.3 - Participation au fonctionnement collectif de la structure

 

            Le projet d'établissement de l'ITEP Mutuelle La Mayotte et le dispositif qui en découle prévoit un certain nombre de temps institutionnels forts. En dehors des temps de réunion dont je parlerai plus bas, trois événements fédèrent l'ensemble des groupes sur des thématiques communes: la semaine du goût, la semaine de la presse et la fête de fin d'année. Tout l'établissement est mobilise, les enfants profitent d'activités transversales de découverte, d'apprentissage et de mise en valeur du travail de l'année. Tout ceci demande un investissement et une grande coordination des professionnels pour que ces événements se déroulent pour le mieux. J'y participais dans une démarche d'accompagnement et d'ouverture avec les enfants. Mais aussi en tant que membre de la communauté éducative, pour organiser, mettre au point, installer toute l'intendance nécessaire au bon déroulement de ces grands rendez-vous institutionnels.

 

            C'est dans le cadre du projet d'établissement mis à jour en conformité à l'article L.321-1 du code de l'Action sociale et des familles que je me suis porté volontaire à la démarche d'évaluation interne. J'y ai trouve une occasion singulière de revisiter l'ensemble du dispositif déployé dans l'établissement, de re-questionner l'activité réellement mise en œuvre, d'en dégager les points forts et les points faibles.

            Le groupe de travail dans lequel j'étais engagé était composé de quatre éducateurs de des deux ITEP d'une psychologue, d'une orthophoniste et d’une assistante sociale.

Nous avons donc, au cours de quatre séances de travail, mis à plat nos pratiques et les moyens dont nous disposions pour les mettre en action. Cela nous a permis de pointer collectivement ce que nous faisions et les aspects à côté desquels nous passions pour pouvoir consolider les points forts et trouver des solutions pour en atténuer les points faibles. Nos réflexions portaient notamment sur la personnalisation, l'évaluation des besoins, la circulation des informations, la cohérence des interventions, les moyens techniques et humains à notre disposition. C'étaient bien les moyens qui étaient évalués, pas les résultats.

J'accueillais ce processus d'évaluation comme une possibilité de prendre du recul dans une pratique où le quotidien peut facilement nous cantonner à du faire, à l'action, qui peut tendre progressivement à perdre de son sens sans ce retour à l'élaboration. L'évaluation interne permet également de fixer des échéances, des objectifs à long terme puisque désormais il est demandé aux ESSMS de le réactualiser et d'en communiquer les résultats tous les cinq ans à l'autorité ayant délivré l’autorisation.

 

            Concernant une autre mode de fonctionnement collectif, j'ai eu l'occasion de proposer des aménagements.

            J'ai par exemple proposé une discussion concernant les horaires des repas du midi. En effet, les usagers des deux ITEP (soit une bonne centaine d'enfants) mangeaient au même moment, soit au réfectoire, soit dans les lieux de vie (pavillons). Au réfectoire, une cinquantaine d'enfants pouvaient être amenés à se côtoyer dans un endroit- certes cloisonné en petits espaces mais dépourvus de séparation acoustique suffisante. Pour des enfants qui peuvent avoir de grande difficulté à tenir en place, à se concentrer, à accepter la présence de l'autre dans leur espace immédiat, il était difficile d'entretenir une ambiance sereine ou conviviale au moment du repas, qui pose déjà en soit bien des soucis à ces enfants. Il a été décidé en réunion inter-équipe, comme je le proposais, de décaler légèrement les heures de repas. Cet aménagement avait pour autre objectif d'éviter un maximum les croisements de groupe lors des déplacements de la classe vers les pavillons (pour les internes). Il résultait de ces croisements de route de nombreux conflits, de fréquentes provocations de la part des uns et des autres qui se soldaient régulièrement par des bagarres. Le trajet devenait interminable pour tout le monde, l'arrivée au pavillon était « électrique » : rien n'était réuni pour aborder le repas dans de bonnes conditions. Tout cela s'est considérablement atténué après les changements d'horaire.

 

            J'ai également soumis l'idée (à mes collègues et à la direction) de l'installation d'une sonnerie (au niveau de toutes les classes) pour annoncer le début, la fin des cours et des récréations. J'y voyais plusieurs avantages. Le premier étant que cela ferait glisser le pouvoir sur l'horloge du professeur des écoles, qui dit quand c'est l'heure, vers la sonnerie automatisée. Ce pourrait être la fin des négociations pour aller en récréation un peu plus tôt que prévu, et pour retarder le retour en classe. Le maître, déchargé de cette responsabilité, de ce pouvoir (pour moi important) serait lui aussi soumis aux mêmes règles que les élèves, adultes et élèves dans un fonctionnement plus juste. Je ne connais pas les résultats de cette modification, la sonnerie serait installée après mon départ de la structure.

 

 

            Qui dit fonctionnement collectif, dit travailler d'équipe. J'ai déjà longuement abordé cet aspect dans la quatrième situation de travail de ce document, notamment les aspects concernant les réunions de travail. Je vais néanmoins rappeler le principe de ces réunions ainsi que la façon dont j'étais amené à y participer.

Les réunions de synthèse:

Ces réunions se déroulaient sous la présidence de la chef de service. Étaient conviés: l'éducateur référent, l'enseignant de l'enfant, l'assistante sociale, la psychologue, éventuellement la psychométricienne, l'orthophoniste et un second éducateur. Sa durée était fixée à une heure.

            Comme chaque intervenant auprès des usagers je renseignais l’outil de communication interne appelé RIO (référentiel interdisciplinaire d'observation). Je remplissais les items de cette grille d'observation pour chaque usager au moment de la réunion de synthèse. Ce document devait être remis trois semaine avant la réunion par tous les intervenants à l'éducateur réfèrent du projet de l'enfant pour qu'il puisse avoir le temps d'en faire une synthèse. Charge au référent de transmettre cette synthèse à tous les participants de la réunion pour qu'ils puissent en prendre connaissance, en intégrer les informations et ainsi avoir une base commune de travail au moment de la réflexion en équipe pluridisciplinaire en vue d'aboutir à une problématique sur la situation de l'enfant.

            Il va de soit qu'en tant que réfèrent j'avais à mon tour la charge d'effectuer ce travail de synthèse, puis de mettre sur pied le projet personnalisé des enfants dont la responsabilité m'était confié. Le temps de ce travail d'élaboration et de mise au point des objectifs, et de l'opérationnalisation n'était pas prévu sur le temps de la réunion de synthèse. Après rédaction, j'en faisais une restitution en réunion du vendredi à l'ensemble de l'équipe (notamment aux personnes absentes de la réunion de synthèse).

 

            Les réunions du vendredi:

            -les réunions d'harmonisation:

            Durée prévue: une heure trente.

            Pour ne pas répéter ce que j ai déjà indiqué dans la fonction quatre, je dirai simplement que ces réunion étaient prévues pour permettre à l'équipe de travailler ensemble, de s'accorder sur une vision commune, une pratique cohérente de la prise en charge sur les temps d'internat, de classe ou sur les activités d'après midi mises en place en relation avec les projets personnalisés. C’était le temps de l'organisation des projets (séjours éducatifs, événements institutionnels...), et des ajustements liés au quotidien.

 

            L'analyse des pratiques professionnelles :

Ces réunions se tenaient en l'absence de tout membre de l'encadrement. La personne qui animait ces groupes de parole et d'échange était une pédopsychiatre n'ayant aucun autre lien avec l'institution que le contrat qui les liait pour l'occasion. Le secret professionnel était invoqué à chaque début de réunion, les mots prononcés lors du groupe de parole ne devaient en aucun cas sortir de la salle.

            Malheureusement, ces groupes d'analyse n'étaient que facultatifs, en supplément de l’emploi du temps et prévus le vendredi soir (au terme de semaines oh combien mobilisantes). J'ai bien conscience qu'il est délicat (voir improductif) d'essayer d'impliquer des personnes réticentes à ce genre de pratique exigeantes, mais il me semble dommage, que du fait de cet aspect facultatif, nombre de personnes ne puissent profiter des précieux bénéfices de la participation à ces groupes. J'y trouvais, pour ma part, une occasion unique de pouvoir prendre du recul sur ma pratique, la confronter à celle de mes collègues, de réfléchir aux liens qui me liaient aux usagers, d’éclaircir des situations où je ne manquais pas de me trouver perdu dans des mécanismes de transferts pas évidents à localiser. Enfin une pratique régulière de la verbalisation humanise les sentiments ressentis aux détours des situations rencontrées, elle rend opérant le passage à la symbolisation rendue possible par la parole et le langage.