4.3.5 - Evaluation de votre intervention

 

            Il ne peut y avoir d'évaluation à propos d'une intervention éducative sans que cette intervention soit dirigée vers un objectif fixe. Ce sont alors les modalités, les façons dont ont été atteints - ou non- ces objectifs qui seront évalués. C'est à cet égard que je trouve important de faire le point sur mon action, de savoir quel est l'impact de mon travail, s'il est dirigé de façon adéquate, quels sont les effets qu'il produit. La situation des usagers n'est pas définitive, figée (ce qui reviendrait à considérer une certaine forme de nature intrinsèque de l'individu comme invariante et indépendante de son milieu), je la considère plutôt comme un processus dont il convient d'observer l'évolution pour évaluer les résultats de mon action et in fine être en mesure de la remettre en question sur des bases concrètes.

 

            Concernant les objectifs généraux, le projet institutionnel constitue une ligne directrice, un point de mire à garder à l'esprit, il me permet de garder un niveau d'exigence cohérent de savoir où je vais. Il définit aussi un cadre, m'assigne des missions à mener à bien. C'est ainsi que je peux différencier trois champs différent à évaluer dans mon intervention: en tant qu'éducateur, en tant que réfèrent du projet personnalisé et en tant que membre d'une équipe.

            Je m'efforce toujours de me poser la question du bénéfice concernant l'évaluation de mon action auprès des usagers, dans le quotidien de l'internat, des activités que je mets en place, dans ma relation avec eux. Qu’a-t il apprit ? Comment son comportement, sa place dans le monde, avec les autres s'est elle modifiée au contact de ce que je lui transmets ? L'image qu'il a de lui à a-telle changé avec le temps? Si oui qu'elle est la part de mon action là-dessus ? Parce que, en internat, le quotidien s'inscrit dans un temps de routine sans cesse renouvelée, il est difficile d'avoir du recul sur les avancées ou régressions d'une personne (d’autant qu'il s'agit bien souvent de progrès subtils), la relecture du cahier de vie est un exercice plein d'enseignements. Cela permet de se souvenir de petits détails oubliés qui ne sont plus là aujourd'hui ou de se rendre compte de l'émergence de nouveaux comportements. " Tiens, il faisait ça au début de l'année, maintenant c'est passé". La relecture des RIO que je remplissais est à cet égard très instructive, elle permet d'effectuer un bon dans le temps, de savoir par exemple si je remplirai aujourd'hui les items du document en y indiquant les mêmes informations.

            Ceci valait pour les enfants dont je n'étais pas le référent, cela l'était plus encore pour ceux dont j'avais en charge le projet personnalisé puisque j'effectuais une synthèse de tous les RIO renseignés par mes collègues, ce qui me donnait une vision plus globale de la situation de l'enfant au moment de la deuxième synthèse. Cette deuxième réunion de synthèse (en seconde partie d'année) avait pour but d'évaluer collectivement les résultats de ce qui avait été mis en place au terme de la première réunion. Un bilan pour connaître les évolutions de l'usager, au besoin réexaminer et repenser sa problématique, affiner des objectifs, prendre connaissance de ce qui a ou n'a pas été mis en place, pour quelles  raisons, les résultats observés et éventuellement rajuster la prise en charge.

 

            Concernant l'évaluation de mon intervention dans le cadre du travail d'équipe, et l'évaluation de son bon fonctionnement, je retiendrai les capacités - collective et individuelles- à pouvoir dépasser les conflits interpersonnels, de faire appel à un tiers afin d'être en mesure de se re-mobiliser dans l'action. Les séances d'analyse des pratiques professionnelles pouvaient en ce sens jouer un rôle.

            Je profitais de cet espace de parole pour mettre à plat les difficultés relationnelles qui nous empêchait de nous entendre. je trouvais dans ces séances l'occasion pour pouvoir, de façon sécurisante, accepter d'aller au bout d'un conflit, de lever des incompréhensions, d'écouter ce qu'avaient à me dire les collègues qui voulaient bien jouer le jeu.

            L'analyse des pratiques professionnelles était comme je l'ai dit plus avant, la possibilité de passer de l'action à la réflexion s'agissant de la prise en charge des enfants, de prendre le temps d'explorer le lien tissé entre professionnel et usager, d'en comprendre les sens cachés, d'en expliciter les enjeux et de remettre en question certains types de réponses que je pouvais fournir à lumière de ces éclaircissements.

 

            Enfin, il est un autre critère d'évaluation concernant les résultats de l'intervention éducative dont j'aimerai parler ici: les entretiens avec les parents ou responsables légaux. J'écoutais attentivement les observations de la famille (au sens large) en tant qu'ils sont souvent parmi les mieux placés pour nous parler des enfants dont nous nous occupons au quotidien. Il est intéressant de savoir quelles sont les évolutions du comportement de l'usager au domicile. Dans l'établissement, au sein d'un groupe, les façons de faire peuvent se figer dans un rôle particulier, qui de toute façon n'est par définition qu'éphémère (le groupe change, la prise en charge n'est pas éternelle). Le foyer peut présenter un élément de stabilité si les conditions s'y prêtent. En tout état de cause c'est bien dans sa famille que peuvent se répercuter ce que vit l'enfant. C'est au sein de cet environnement que les constats des parents nous sont précieux pour constater parfois des progrès insoupçonnés dans le cadre de l'établissement. Ces entretiens sont toujours riches d'enseignement et des indicateurs intéressants quant à l'évolution des enfants.