4.3.6 - Compétences mises en œuvre

 

            Le travail de l'éducateur spécialisé exige ne nombreuses compétences, des savoirs, des savoirs faire et des savoirs être. Chacune se nourrit de connaissances empruntées à des domaines aussi variées que la philosophie, la psychologie, la sociologie et toutes autres formes de sciences humaines. De nombreuses tâches sont à accomplir au quotidien, des actes techniques qu'il s'agit de maîtriser pour que les outils qu'ils servent soient efficients. Il ne s'agit la que d'outils et il est parfois difficile de ne pas confondre l'objectif et le moyen d'y parvenir. Je m'efforce dans ma pratique au quotidien de garder cela à l'esprit.

 

            Car c'est bien le quotidien qui est au cœur de mon travail, celui qui fait émerger l'individu, qui lui permet de bénéficier d'un cadre suffisamment contenant, rassurant pour que ses dispositions ou difficultés apparaissent. C'est à cet endroit précis que l'action de l'éducateur spécialisé prend son sens, qu'il permet d'user du symbolique pour humaniser les affects, les émotions, les blocages. C'est dans cet accompagnement, dans le cadre structuré du dispositif, que les compétences essentielles de l'éducateur peuvent se mette en action. Cela passe, à mon sens, par un certain positionnement, une certaine distance dans la relation. Cette distance nécessite empathie et écoute. Elle ne peut et ne doit être figée, elle dépend de ma capacité à connaître et reconnaître (même dans l'après coup) ce qui est en jeux (enjeux)  entre moi et lui dans la situation qui nous fait vivre ensemble ce temps là. Je dois savoir pourquoi je suis là, ne pas prendre pour mon compte les mouvements de l'autre mais je dois être en mesure de les accueillir pour qu'il se sente entendu, accepté par la communauté humaine (cela commence toujours par une personne, je joue alors ce rôle là). Même dans une position que l'on catégoriserait habituellement de négative (la colère, la jalousie, la haine...) je m'impose d'être toujours de son côté, tout en lui rappelant que vivre avec les autres implique de suivre des règles . Pour cela je dois être au clair avec moi- même. Connaître mes désirs profonds (pourquoi suis-je ici? Qu'est- ce qui m'amène à faire ce drôle de métier?), ne pas m'identifier a un rôle qu'il aurait tant besoin que je joue et ne pas me perdre dans celui que j'aimerai pouvoir jouer. L'échec est à accueillir, lui aussi. L’échec de ne pas être le seul, l'unique, celui qui peut tout, à tout moment. La toute puissance est un leurre puissant qui fait souffrir aussi bien l'usager que le professionnel et ne fait redite avec des problématiques sans les faire avancer.

 

            C'est avec cette sorte de lâcher prise (en conscience) au quotidien que je peux me décaler de situations qui s'enkysteraient sinon, que je peux jouer un rôle d'étayage, d'aide, sans avoir recours de façon inutile à l'autorité systématique de celui qui, justement, détient l' autorité. On ne force pas une fleur à pousser en lui tirant sur la tige.

            Un autre aspect de mon action d'éducateur qui me permet de jouir de moi même, de prendre du plaisir à ce je fais dans le rôle du professionnel tout en ayant la satisfaction de pouvoir m'appuyer sur moi, est cette capacité de bricolage dont parle Paul Fustier dans  Les corridors du quotidien, celle d'user de toutes les influences (arts, littérature, musique, philosophie) pour fabriquer avec des bouts de rien le tâtonnement, la recherche de la vision juste de l'autre. Le bricoleur n'est pas un industriel, il ne refait pas deux fois la même chose. Il serait plus comme un artisan qui cherche à petits pas des solutions à un problème toujours nouveau.

            Enfin et pour en finir avec les métaphores horticoles, je considère vraiment ma pratique comme étant celle d'un jardiner: je plante des graines. Des graines que j’essaie de planter au bon moment, au bon endroit avec le bonheur (ou la peine en cas d'échec) de les voir germer, grandir et s’épanouir.